13 novembre 2015. Et après…

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Affiche par Ryan McGinley

Je n’ai rien vécu. Et pourtant rien n’a plus jamais été pareil. Je me souviens. Je me souviens de tous les détails. Je l’attendais rue Saint-Honoré en me regardant dans le miroir. Je trouvais que j’avais grossi et je pensais à lui – avec qui nous venions juste de nous séparer. Je me sentais triste de ça un peu je crois, et puis je faisais les 100 pas, toujours en avance, on ne se refait pas. Plusieurs voitures roulaient sur la route et je venais de croiser cette fille, blonde peroxydée, invitée au même événement que moi, je ne crois pas qu’elle m’ait reconnue, dommage. Ce soir, je ne le savais pas encore mais ça allait aussi être la première fois que je croiserai Mai de SuperByTimai, un petit bonheur, moi qui la lit depuis des années.

Ce soir, c’est l’opening de la Maison Laks, j’ai reçu un gros carton d’invitation d’une superbe matière que j’ai montré, il y a quelques jours, à mon père. Il était jaloux du saumon norvégien que j’allais déguster, « sans aucun doute le meilleur », selon ses dires, je souriais de sa jalousie.

Je boirai tellement de champagne à cette soirée. C’était un vendredi soir ordinaire, il faisait plutôt doux pour le mois de novembre et nous étions, moi comme tous les parisiens de mon âge, festifs et joyeux, confiants et loin, très loin de se douter que cette soirée marquerait la fin d’une ère, le début du plus grand élan d’amour que je n’aurais jamais connu. 20h, 21h, 22h je ne sais pas bien qu’elle heure il était. Le champagne coulait et on commençait un peu rire bêtement, on se voyait souvent avec cet ami avant, un peu moins maintenant, on était contents de se retrouver, je me souviens n’avoir pas surveillé mon téléphone pour voir si il m’avait écrit ce soir là, pour une fois. Il y avait un photocall, beaucoup beaucoup de monde invités et plein de jolies choses à « instagrammer ». Tant de futilités. C’était une bonne soirée. Et puis… Et puis nous n’avons pas remarqué. Nous n’avons pas remarqué les gens qui partaient au fur et à mesure autour de nous, nous n’avons pas remarqué les bips, les vibrations, les voix angoissées, les regards stupéfaits, les klaxoons dehors, les sirènes qui hurlent très vite et très fort. Nous n’avons pas remarqué et nous avons continué à vider les verres et à discuter, sans savoir que ce dernier moment resterait fixé dans nos esprits. Pour l’éternité. A un moment, je ne sais pas, il était assis en face de moi et il a regardé son portable. J’ai vu ses yeux se froncer et je me souviens de ces mots « Il y a une tuerie à Paris ». J’ai immédiatement pensé règlement de compte, une bagarre qui dégénère, ça arrive. Et puis j’ai voulu, à mon tour, vérifier les alertes du Point, après tout. 7, 8 notifications je ne sais plus, 4 messages, 5 appels, je ne comprends rien. Je me rends compte juste à ce moment là qu’il n’y a presque plus personne autour de nous et qu’il faut quitter les lieux, au plus vite. Je crois que je ne panique pas mais que je pars par réflexe, il se passe quelque chose. Lui veut continuer dans un bar, le champagne lui a monté à la tête, moi je n’ai plus aucun effet. Je me vois monter dans l’un des derniers Uber, demander au chauffeur : « Que se passe t-il ? » Tout se brouille : otages, Bataclan, hommes armés… J’ai des nouvelles au compte goutte des amis, de mon équipe créa, de mon collectif. Tout le monde est au chaud chez lui. Et puis la nuit devant la télé, recroquevillée, à suivre avec le frère et les parents les événements, en direct. On ne dormira jamais plus pareil.

J’ai pensé… J’ai pensé aux amis d’Hong Kong qui se réveilleront dans quelques heures découvrant ce chaos angoissant pour leurs proches. Tellement de monde à appeler « Tout va bien pour toi ? Tu es en vie ? Tu étais où ? » J’ai pensé tellement fort. Comme vous. Lundi matin, on est tous revenus au travail. Avec ma voisine de table, on a fait des blagues, comme toujours. Notre moyen à nous d’exorciser. Je ne crois même pas que l’on en ait parlé. On apprend, finalement : Olivia ne reviendra pas avant 3 semaines, elle était au Bataclan, elle n’est pas blessée mais traumatisée. Patrice est mort. Yannick aussi. Nos deux anges de Publicis. La minute de silence est longue, douloureuse, entrecoupée de larmes et après… Après, il n’y a plus rien. Si, la peur qui se mêle à la vie, le risque qui est présent, partout, et tout le temps. Les sursauts au moindre bruit, le 1er Noël « après », les premières fêtes, les questions des étrangers aussi : « comment vous le vivez ? », la psychose de certains, ils n’y peuvent rien. Les témoignages qu’on lit pour essayer de comprendre l’incompréhensible. Les nouveaux mots qui font désormais partie de notre vocabulaire : Daesh, enrôlement, djihadiste… Les gens que l’on regarde dans les transports, méfiants. Les gros sacs de voyage que l’on scrute, les alertes aux colis suspects, presque tous les jours. On fait avec. Hier ça faisait 1 an et beaucoup de mes amis voulaient être à Paris en ce dimanche de pluie, pour se souvenir.

Ce vendredi 13 novembre, je crois finalement que ça a donné encore plus la force. De se nourrir de beauté, d’émotion positive, d’amour, de compréhension aussi. De compréhension face à cette société, notre société malade et fatiguée. Chacun a réagit à sa manière, je crois pour ma part que je suis devenue encore plus curieuse des autres, connus, pas connus, créateurs, artistes, talentueux ou pas, on s’en fiche. Chercher des réponses finalement, essayer de pénétrer les vies des plus démunis, de parler beaucoup, encore plus qu’avant. Aimer. Aimer et s’investir. Cesser de laisser les gens dans leur merde, cesser de détourner le regard sur les peuples qui souffrent, cesser de consommer aveuglement en détruisant notre planète, voir s’investir les gens. Apprendre. Grâce à Dounia Bouzar (qui travaille au désembrigadement des jeunes recrus de Daech) et son article plein d’espoir.

Ce post ne vous apprendra rien, je n’ai rien à vous apprendre. J’avais juste besoin, moi aussi, 1 an après, de poser les mots. Il se trouve que c’est tombé ici… Je vous embrasse et vous envoie des tonnes d’amour.

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Blogueuse Parisienne ex-expatriée à Hong Kong, je tiens ce blog lifestyle & voyage depuis 2014. Merci de m’avoir lu et n’oubliez pas de me laisser un petit commentaire ! Bisous ! Laura

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