Walt Disney World : la Bakery de Chefs de France (Bocuse-Lenôtre-Vergé) à Orlando en Floride, comment j’y suis arrivée…

A un moment donné, en septembre, un ami m’a envoyé l’annonce d’International Services. Je devais valider 4 mois d’expérience à l’étranger pour avoir mon diplôme et cette offre tombait à pic : améliorer mon anglais (ou apprendre à ce que plus personne n’éclate de rire lorsque je m’exprime) et en plus aux Etats-Unis : mon rêve, ma bataille. J’ai postulé, cliqué sur le « ENVOYER ». On m’a vite appelée pour l’entretien téléphonique, j’étais au boulot, cette fois-ci chez Dorothée.

Trop fière de moi, j’ai déclamé toutes mes expériences comme si j’étais une ouf en anglais (j’avais juste noté mes phrases sur un papier) jusqu’au dernier mot prononcé, « pain », avec l’accent anglais. La nana a fait mine de ne pas avoir entendu et je retiens le fou rire avec mon collègue d’à côté. 3 semaines après, j’étais prise.

Après, comme à mon habitude, j’ai mis mon costume de snobinarde qui n’aime plus ce que tout le monde aime, qui ne se contente jamais de ce qu’elle a parce qu’il est hors de question pour elle de se fondre dans la masse. Et puis bon, ça va, c’est has been d’aller bosser pour Bocuse en Floride, en plus à Orlando, il n’y a que des gros. Je vais porter un costume de loozeuse, fais chiez, j’aurais du foirer. Et puis toutes ces manifestations de joie sur facebook, ca faisait trop. Avec tous ces forums, jconnaissais déjà tout par cœur, le problème avec l’Internet, c’est qu’il n’y a plus aucune surprise.

Je n’ai plus voulu y aller. Enfin si, partiellement, mais sans le dire. Tellement trop facile.

Et puis il y a les échéances de paiement à respecter, j’ai banqué.

Et puis le rêve américain quoi, on le voit partout, on l’imagine, on est content quand il arrive, on saute comme des cabris quand on pense à Miami (d’ailleurs, on dit à tout le monde que l’on va là-bas, rappelez vous, Orlando, c’est has been), on ne voit plus que le soleil, on se vente de traîner les 6 prochains mois (ou 12 selon les programmes) en bikini, on devient communautaire, on recherche nos futurs amis via facebook et on se persuade avec eux que ce sera l’expérience de notre vie.

Le tableau est presque parfait… sauf que non : ça fait plus de deux mois que je pratique la recherche intensive sur Internet, que je squatte les forums et blogs et que je tombe sur des dépressifs ayant quitté le programme au bout de quelques semaines pour cause du boulot harassant de fatigue et d’une soi-disant sorcière en guise de lead’.

Je suis bien emmerdée mais de toute manière, je ne veux pas reculer. J’étais vachement surprise mais ce n’est pas mon style de rebrousser chemin, et sur ce coup là, je me voyais moyen annoncer à mon père que je ne souhaitais plus partir. Il n’est pas du genre à imposer des trucs mais je ne le voyais pas d’humeur à transiger. Le mieux est probablement d’essayer.

Arrivée à Orlando, je change de vie, de pays, de ville, de travail, fais la fête, découvre, voyage, suis moins dispo pour mes amis, pour ma famille et puis, ne nous voilons pas la face, apprends tout du travail dans la restauration dans lequel je ne pensais absolument jamais tomber. 

Je suis partie parce que j’avais besoin d’apprendre l’anglais et la vingtaine pour voyager est un âge clé, si tu n’as pas encore appris à te couper de ta famille, c’est chaud. 

Le travail à la Bakery est hyper dur, les horaires sont totalement ouf, du 10h-17h au mieux et rarement, du 15h-22h mais surtout du 11h-22h, 12h-22h, 13h-22h…

Tous les matins, on ouvre l’ensemble des postes : la caisse, la ligne (mise en place des pâtisseries) les drinks (mise en place des boissons, glaçons…) Et tous les soirs, c’est la fermeture et le ménage. Deux fois par semaine : le ménage intégral (dit l’international cleaning) de l’ensemble de notre chère institution.

Au lendemain de la 1ère journée, ma mère me demande via skype « C’est comment, tu as bien aimé ? » Moi, encore dégoulinante de la veille, lui ai avoué en toute simplicité : « je veux rentrer. »

Je ne suis pas rentrée, ça fait un mois et je resterai.

Depuis que je suis arrivée, je fais 42h par semaine répétant inlassablement toute la journée « vanilla cream and chocolate chips / vanilla custard cream / chocolate cream inside / toasted??? / to go ? < puis tout bas : fais chier va falloir faire des boîtes > / connard dis pas bonjour / je vais lui faire bouffer son napoléon / you pay at the cash register not to me / which one ? I can’t see your finger but you can read it !!! / Sacrrrristain ! / drinks are down there / c’est ça dégage avec tes oreilles mickey ! » tout en entendant les parents dire à leurs enfants « allez parle français dit bonjour, je voudwais mmmm un cheesecake! » mieux encore « vous devez adorer travailler ici … » Mais ça Céline le raconte beaucoup mieux que moi ICI.

N’ayant jamais fait de travail physique, je suis vite essoufflée et me demande bien ce que je fais là à porter des plateaux aussi lourds que moi, à me faire parler comme un chien par des guests insupportables au mieux, hurler dessus comme un cheval enragé et par quelqu’un que je connais ni d’eve ni d’adam au pire. 

Et puis le travail me fait aller trop loin, et trop vite, au bout de quelques jours, après un rythme trop extrême, je me démoralise.

FUCK OFF

Je commence à réfléchir, me dire que la clé comme toujours et comme pour tout c’est L’ENDURANCE. Comme tout le monde ici, il faut que je me chauffe et que je me force. On a rien sans rien et si je veux rendre cette expérience jolie, j’oublie que je n’arrive pas à faire et je fais.  

Je galère beaucoup mais le plus important est que je ne lâche pas. Un jour sur deux, je me rend à la salle de sport (première fois de ma vie) afin d’évacuer. Je ne me laisse pas le choix, je veux tenir et j’ai compris que ça me fait du bien au mental.

Par contre j’ai un problème majeur : je ne trouve plus du tout mon compte avec cet espèce d’uniforme horrible. Je ne fais plus aucun effort, mon chemisier jaune, ma jupe noire et mes collants filés m’accompagnent partout… l’angoisse non ? C’est un peu la honte, mes seules boucles d’oreille dorées me ramènent à ce que j’étais. J’ai vachement peur en fait, je ne pense plus fringues, j’enfile sans penser, merde. Je n’avais jamais remarqué à quel point tes habits sont la prolongation de toi. Bon ok, je vous en parle dans un prochain post.

Bonne soirée les amis.

Kiss !

PS : Le rap n’a jamais forcément été mon truc mais un peu par hasard je suis tombée sur ce type, Tyga. En faisant des recherches, j’ai découvert qu’il a failli être assassiné après un de ses concerts fin mars…Je vous mets son titre Rack City.

PSbis : A force d’entendre le nouveau son de Justin Bieber à la radio, je vais presque finir par l’apprécier. STOP. 

PS3 : Aux US, il y a des trucs dingues. L’autre soir, j’étais à l’AMC Dine-In Theatres  pour regarder Titanic 3D. C’est simple, t’es assis sur ton siège réglable, tu as ta propre table et un bouton pour appeler ton serveur. Il y a de tout, du salé au sucré, du seau de glaçons à l’alcool. Je passerais ma vie à bouffer du popcorn en refills devant un Léonardo Dicaprio au summmum de son sex-appeal. 

Crédit Photo : Andrew Pons

4 commentaires sur « Walt Disney World : la Bakery de Chefs de France (Bocuse-Lenôtre-Vergé) à Orlando en Floride, comment j’y suis arrivée… »

  1. Haha, j’ai mon entretien sur Lyon le 8. Ca va être fun si ils me prennent.
    Mais après avoir bosser 6 mois à Amazon, je me demande si ça peut vraiment être pire.

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