«À trois ans, je me savais un écrivain. Je l’étais avant de naître.» Viviane Forrester

C’est dommage. Si aujourd’hui, il s’était passé quelque chose de passionnant dans ma vie, j’aurais peut-être pu vous percuter ou vous retourner l’esprit. Mais ce soir, j’ai décidé de me cacher pour cause d’absence de matière, tapie, impuissante, face à la chaleur parisienne. Ne vous y méprenez pas, d’accord, je laisse la célébration de peaux rougeâtres et pailletées aux transports sans clim’ de notre capitale chérie mais je ne me vois pas vous quitter ce soir sans vous avoir proposé l’apologie d’une grande dame, simplement parce que j’aime autant transmettre l’art des mots que de le recevoir…

Ma « Elle » du jour prend les traits de Viviane Forrester. Et c’est sans nulle conscience de l’envie qu’elle fait naître de composer son propre chef-d’œuvre de vie qu’elle inspire. Qu’elle m’inspire. Emplie de profondeur littéraire et gorgée de Paris, référence à Rivoli. Je cite :

« Comme nous avancions un peu sur la passerelle, lui un peu en arrière de moi, les bras autour de mes épaules. Il avait murmuré : you’ll write a book about this. Et moi désolée, furieuse, certaine que de l’avoir entendu dire m’empêcherait de le faire. Et je l’ai fait. Je le tente, du moins. L’aurais-je tenté sans lui ? »

Voir, regarder en face, ne pas se dérober. Ne demeure en cette planète que l’intensité, la grandeur miraculeuse des œuvres. La passion.

Comme j’ai besoin de quelqu’un entre le vide et moi, l’énigme et moi. Un intercesseur entre la vie, le temps, l’espace et moi. Quelqu’un qui m’abrite, m’aide à supporter ce que j’ignore, ce que je sais.

Mes phrases, mes pages qui m’entrainent, me sauvent, me grondent, me forcent, me perdent. Tellement plus puissantes que moi.

Remercier. Remercier pour les chemins de Bénodet, le blé contre la mer, pour le ciel des Tuileries, remercier d’être. Se remercier soi. Je ne regrette rien, ne me félicite de rien. Je suis là. Je n’imagine rien d’autre. Tous ces hommes, qui se sont immiscés dans l’histoire de la petite fille au jardin sombre, aux livres et qui demeure seule, là-bas au pied de la maison de mon enfance, où Debussy est mort.

Écrire, c’est notre vie se communiquant à nous.

Ce n’est pas une activité pour raconter plus ou moins ceci ou cela. C’est une expérience abrupte.

J’ai compris ces derniers jours qu’il faut attendre, patienter. Ne pas s’inquiéter si le travail vacille, ne pas renoncer. Mais tenir tel un rocher dans son propre océan, tumulte ou calme plat. Il suffit de laisser passer l’impatience, la tristesse pour découvrir le travail accompli de la tristesse, l’impatience inconsciemment utilisées.

Notre monde, ce mot. Dans quel langage ? Et le langage en quel mot ? Et le mot, une aventure à chaque fois.

L’écriture ? Une indication, pas une déclaration. Écrire pour moi, c’est seulement et sans fin aller vers… C’est aussi être une voix. Parfois le frôlement, le toucher, l’insistance d’une peau. Le souffle.

L’absurdité que cela paraisse absurde, enfantin d’écrire. Si peu sérieux. Auprès de ceux qui alignent des chiffres dans les bureaux, ce que Rimbaud a compris. Illustré. Qu’est-ce un Baudelaire auprès des astronautes ?

Je fais tout parler, même les virgules.

Ce lieu de l’écriture dont je m’entoure, dont je construis, dont je m’enchante de savoir qu’il existe et m’attend lorsque je me trouve ailleurs, le sachant mien, disponible, en attente. Mon royaume. Volupté.

Je ne dors pas. Blocage. »

« Rue de Rivoli », journal intime tenu par Viviane Forrester entre 1966 et 1972… S’illustrant dans un genre différent de l’horreur économique.

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#SocialMedia #Rêves #Voyages #Entrepreneurship. Pour me contacter rdv sur Twitter @Laufromparis ou par mail à laupouliquen@gmail.com !

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